Tu sais j'ai vu Papa aujourd'hui. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu. Un mois, peut-être plus. Il me parlait. Mais Mao m'a offert un Coca. Papa m'a donc demandé de m'asseoir avec eux. Ha oui, je t'ai pas dit, il y avait Vero' avec. Sans ça je serais certainement partie. Je me suis assise. C'est tellement rare de nous voir plus de 5 minutes. Chaque seconde j'avais cette douleur abdominale. Celle qu'on a face à un inconnu. Tu sais, celle qui te donne les larmes aux yeux tellement tu as mal. Parce que tu sais, avec Papa on s'est perdu de vue. Nos conversations sont toujours les mêmes. Tout le temps ces futilités d'usage. A croire qu'une certaine timidité et distance s'est installée entre nous. On a parlé de tout et de rien comme on dit. Je sais pas pourquoi ni comment on en est venu à parler de toi, Papi. Oui, il m'a dit que tu avais eu un accident il y a quelques jours. Un accident comme il ne devrait pas en exister. Parce que les hommes de nos jours parlent avec les poings et non avec les mots. Parce qu'il t'a frappé à presque t'en ôter la vie. Parce que tu étais allongé là, par terre. Saignant abondamment du crane. Papa m'a aussi dit que Mamie était là. Elle pleurait, debout face à ton corps inconscient par terre. Il m'a dit qu'elle se tenait face à l'homme qui a osé porter ses coups sur toi. Toi mon Papi chéri. L'homme le plus gentil du monde. Il m'a dit que cet homme avait 26 ans. Ha.. Qu'est-ce que c'est facile de s'en prendre à des personnes âgées quand on a 26 ans. Parce que cet enculé de fils de pute était là, adossé contre sa voiture, regardant autre part. Sur son visage se dégageait un " Je m'en foutisme " arrogant. Sans même l'ombre d'un regret. Parce qu'il n'a sûrement regretté aucun de ses gestes. Tu sais, Papa m'a dit ça aujourd'hui, 5 jours après les faits. Parce que tu aurais pu y laisser la vie mais personne n'a trouvé le temps de m'en parler avant ce jour. S'ils savaient comme je leur en veux. Parce que ce n'était ni le jour ni l'endroit dans lequel j'aurais aimé apprendre cette tragique nouvelle. Parce que j'ai du retenir mes larmes pendant une dizaine de minutes. Parce que ces paroles ont été dites entre une gorgée de Coca et un morceau de galette. Parce que ça m'a semblé être une banalité sortant de sa bouche alors que pour moi c'était le chaos total dans mon c½ur. Papi, si tu savais comme je lui en ai voulu de m'avoir dit ça dans ces conditions et aussi tard. Parce que la mort t'a tellement frôlé que je n'arrive pas à sécher mes larmes. Papi, je t'interdis de mourir. Même si un jour tu souffres. Je veux pas que tu baisses les bras. Papi, je suis certainement égoïste, mais je préfère te savoir vivre dans la douleur que devoir vivre avec la douleur de ta mort.